Kalliste à l'imparfait

Le Dimanche 21 Mai 2023 par



Une pluie fine perle ce matin sur le toit du Vélodrome. Marseille pleure les ambitions perdues de son OM. En terre de Phocée, rien ne se déroule jamais tout à fait comme prévu, et tout se conjugue à l'imparfait. 

La défaite à Lille sonne le glas d'une saison où l'OM d'Igor Tudor aura failli dans la conquête de tous ses objectifs. L'élimination en Coupe de France face à Annecy avait déjà ôté toute saveur ou presque à cette saison qui aurait pu être très belle. Sortir de la poule en Ligue des Champions, gagner la Coupe de France, terminer deuxième de Ligue 1, voire plus, tous les objectifs se sont dérobés un à un sous les crampons des olympiens alors qu'ils paraissaient largement atteignables.

Pour autant, je me refuse à parler de saison ratée. Il faut savoir nuancer son propos et parler de saison au goût d'inachevé. Depuis quand n'avions nous pas été aussi audacieux sur la scène européenne? Depuis quand n'avions nous pas fait tomber Paris ou un autre épouvantail du championnat en Coupe de France? Depuis quand n'avions nous pas eu un Vélodrome aussi plein, théâtre de virages poussant la créativité à son paroxysme?

Il faudrait ne pas bien connaître l'OM pour ne pas sentir qu'il s'y passe quelque chose. Ne pas sentir que le club est dans un cercle vertueux comme il ne l'avait pas été depuis longtemps. 

Certes, cette saison laissera d'immenses regrets. Car de la pelouse aux travées colorées du Vélodrome, on a longtemps senti l'OM animé d'une force et d'une certaine ambition. Il aurait évidemment été judicieux de profiter de la saison insipide du rival parisien pour stopper, le temps d'un trophée, leur écrasante et absurde hégémonie. Les olympiens semblent avoir subi la fin de saison. La blessure d'Amine Harit aura sans doute pesé, mais où sont passées également la hargne indispensable d'un Guendouzi et la vista de Chancel MBemba

Certains choix interrogent, notamment ce mercato hivernal qui n'aura pas su apporter le second souffle dont le groupe avait besoin. Les  records mathématiques dus en partie à la médiocrité de la L1 ne feront pas oublier cette nouvelle saison vierge de titre. Peut-être est il urgent de tourner la page « Dimitri Payet », joueur symbole de la dernière décennie et d'un OM qui ne gagne jamais rien.

Un ressort mental semble s'être cassé après l'élimination en Coupe de France. Compétition phare de notre palmarès, l'année où, comme un symbole, Jean-Pierre Papin, dernier capitaine olympien à l'avoir soulevé, venait garnir les rangs du staff. 

À Marseille les belles histoires se conjuguent à l'imparfait. 

Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.

Marcel Pagnol

L'OM est ainsi fait. Rayonnant à travers sa légende et l'amour inconditionnel que lui porte des dizaines de milliers de fidèles partout en France et dans le monde, mais bien trop souvent incapable ces dernières décennies d'imposer sa griffe sur une compétition. 

Le football est le reflet de la société et de nos vies. Tantôt exaltant, tantôt injuste. Tantôt distrayant, tantôt cruel. Et sur ces terres où le  ballon rond est élevé au rang de religion, Marseille n'échappe pas à la règle. C'est sans doute pour ça que cette ville nous fascine et qu'on l'aime autant. La lumière de cette ville n'a d'égale que sa part d'ombre. 

La Méditerranée qui la borde et ce soleil omniprésent qui s'y reflète font d'elle un théâtre. Cette lumière trouve refuge dans le cœur de ceux qui y vivent, mais contraste avec les conditions de vie parfois précaires de certains quartiers, bien trop souvent sujets à de sombres trafics et règlements de comptes. 

Marseille est ainsi faite. Chaleureuse et enivrante. L'une des plus belles villes qui vous sera donnée de voir et de vivre, mais souvent meurtrie dans sa chair par ce que l'humain a de plus dur à offrir. 

« Kallisté » signifie « la plus belle » en grec ancien. C'est d'ailleurs le nom d'une cité de Marseille nichée dans un vallon du 15eme arrondissement. Un résumé de la cité phocéenne. En haut le panorama sur la Méditerranée est à couper le souffle. En bas, c'est la misère. C'est dans ces tours de béton semblables à des vaisseaux fantômes que  l'espoir d'une vie meilleure s'évapore et que le destin devient cruel. La beauté à l'imparfait. 

Dans la vie rien ne se déroule exactement comme on le voudrait. Le football n'est qu'un échappatoire. L'OM et Marseille sont une seule et même chose, avec un destin commun. Pablo Longoria a du pain sur la planche, et nul doute que germe déjà dans son esprit les contours d'un OM plus fort et plus ambitieux. 

On aime l'OM pour ce qu'il est. La beauté de ce club n'a d'égale que son imperfection. Il n'est ni le plus grand, ni le plus beau, ni le plus titré. Tout cela est subjectif. L'OM est spécial. Et c'est pour ça qu'on s'y attache. Certains rêvent encore d'un OM « nouveau riche », mais ici c'est pas Paris, on n'est pas habitué aux homards. Ici c'est la terre de la cuisine à l'ail, la capitale de la friture, et des pâtes qu'on mange trois fois par jour. 

Ce maillot est une lumière dans le cœur de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Il est l'étendard d'une légende. Le porter et lui faire honneur est une lourde responsabilité. Car celui qui aime n'attends pas un « merci » en retour. Celui qui aime attends en retour un « moi aussi ». Actionnaire, président, entraîneur et joueurs doivent désormais en prendre pleinement conscience. La plus belle réponse à l'amour de leur sulfureux public n'a qu'un nom : Gagner un titre

Yannis
(@BYannis_)

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