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L’OM et le naufrage du Prophète

Le Mardi 19 Septembre 2023 par Yannis

Olympique de Marseille

Pour celui qui aime perdre son regard dans l'immensité de la grande bleue, la corniche est un nirvâna. Au beau milieu de celle-ci, bien connue de tous les marseillais, l'Anse du Prophète nourrit de nombreux fantasmes. On a tous un souvenir sur cette plage de sable protégée par une digue en pierre. 

« À ce soir, au prophète. » Son regard et ses mots ne m'ont jamais quitté. Aux heures ardentes où la lumière du soleil se fond dans l'infiniment grand de la Méditerranée, les trésors de Marseille s'offrent à celui se laisse absorber par la beauté de l'instant. 

Si souvent dépeinte à travers des histoires de truands et de règlements de compte, Marseille reste avant tout une ville fondée sur le mythe d'une histoire d'amour. Celle d'une princesse locale et d'un marin grec, mais aussi celle entre un  peuple et son club de football. 

Pour beaucoup de supporters, l'OM est l'histoire d'amour de toute une vie, une lumière dans une vie de tourments. C'est un héritage culturel, un patrimoine avec lequel il est interdit de jouer. 

Lors de l'intronisation de son ami Marcelino aux commandes de l'escouade olympienne, Pablo Longoria avait prophétisé un football plus « Rock n' Roll » qui reflèterait le rythme de la ville et le tempérament de ses habitants. 

Après un peu plus d'un mois de compétition, et alors que l'objectif Ligue des Champions s'est déjà dérobé aux grand désarroi des supporters, l'OM ne répond pas aux attentes, ni en terme de jeu, ni en terme de résultats. 

Le technicien de Villaviciosa, fervent adepte d'un 4-4-2 démodé, était censé faire de l'OM une redoutable équipe de transition mais peine à trouver la bonne formule dans une Ligue 1 toujours aussi coriace alors que le calendrier se complique. 

Avec cette troisième place synonyme de tour préliminaire de C1, c'était l'été de tous les dangers pour le président Longoria, adepte du trading de joueurs et du changement permanent. Si la nomination de Marcelino marquait une rupture nette avec le style de jeu et les préceptes développés par l'OM d'Igor Tudor, le chamboulement de l'effectif a eu un côté incompréhensible. 

Dimanche, sur la pelouse morcelée du Vélodrome, c'est une équipe sans âme, sans rythme et sans idées qui a agacé le public pendant 90 minutes. Cet OM manque de tauliers qui réclament en permanence le ballon, d'aboyeurs, et d'hommes de talent qui savent prendre des risques et forcer la décision d'un match fermé.

Car si l'OM a bel et bien tourné la page Dimitri Payet, il a surtout éconduit froidement des joueurs tel que Matteo Guendouzi et Alexis Sanchez, pendant que le talentueux Azzedine Ounahi ronge son frein sur le banc, éjecté du 4-4-2 de Marcelino pour d'obscures raisons. 

Le mercato, qualifié d'XXL par certains supporters, tarde donc à donner satisfaction. Et si de flagrants progrès ne se font pas très vite sentir, il se pourrait que les prophéties du président Longoria s'évaporent, et que la saison se transforme en naufrage, duquel l'équipe mettra sans doute du temps à se relever.

Dimanche. 15 heures. Plage du prophète. 
En longeant la corniche en direction du stade, les souvenirs me remontent à la gueule. Vous pouvez toujours essayer de quitter Marseille mais elle ne vous quittera jamais. Elle est ancrée en vous. 

C'était les étés 2009 puis 2010, l'OM d'Eric Gerets brillait de mille feux, avant que celui du grand Didier Deschamps lui permette de retrouver sa place sur l'échiquier hexagonal et le goût des titres. Le cœur léger, la tête dans les étoiles, l'amour de cette ville se consumait là où nos rires s'évaporaient. 

Mais si l'anse du Prophète réveille en moi de nombreux souvenirs, l'origine de son nom si spirituel se nourrit de plusieurs hypothèses.

On raconte tout d'abord que le nom de la plage serait lié à un célèbre chanteur lyrique, Jean-Vital Jammes, dit Ismaël, qui interpréta à l'opéra de Marseille "le Prophète" de Meyerbeer en 1856. Le chanteur acheta ensuite une villa dans le quartier du Roucas Blanc, la villa Ismaël, qui domine la Corniche. 

Mais selon une seconde hypothèse, la plage du Prophète tiendrait plutôt son nom d'un bateau. On raconte en effet qu'au Roucas Blanc, la petite baie était souvent occupée par un trois-mâts à voile et à vapeur construit à Sète. Son nom : "Le Prophète". Ce cargo effectuait du transport de marchandises entre Marseille, le Maroc, et l'Algérie. A l'époque, l'extension du port à la Joliette était encore en construction et le Vieux-Port était alors complètement saturé. Dans les années 1850, ce navire aurait alors élu domicile dans cette anse qui abritait alors un petit port. L'histoire raconte que le dit navire aurait plus tard fait naufrage. 

« Les souvenirs, quels qu'ils soient, même les plus beaux ou les plus insignifiants, sont ces instants de vie qu'on a gâchés. Les témoins de nos actes inaboutis. Ils ne ressurgissent que pour tenter de trouver un accomplissement. Ou une explication. » écrivait Jean-Claude Izzo dans son roman « Les marins perdus ». 

Malgré ses imperfections, le souvenir de la saison Sampaoli est encore chaud dans les mémoires. Il y a tout juste 15 mois, l'OM étrillait Strasbourg et se qualifiait directement en C1 dans un Vélodrome en ébullition. Que reste t-il de cet instant de fièvre ? 

Comment Pablo Longoria, aux travaux colossaux depuis plusieurs saisons pour remettre l'OM dans une dynamique ambitieuse, a t-il pu faire table rase de tout cela ? 

Pourquoi nos récents podiums, avec André Villas-Boas, Jorge Sampaoli ou Igor Tudor ressemblent à des aboutissements, et non pas au début d'une aventure ?

Comment ne pas être amer et nostalgique devant le football fade servi pour l'instant par l'OM de Marcelino

Les plus belles prophéties se dissipent parfois plus vite que la traînée d'un fumigène. 

Yannis
(@BYannis_)

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